La Naissance du Temps
Auteur Un-connu
Il fut un temps… où le temps n’existait pasIl n’y avait rien, pas même un seul moment, ni même un petit instant ne traînant dans ce vide.
Tout était noir et glacial, sans aucune dimension.
Quand, de cet espace,
parvint au loin une résonance de sons saccadés,
qui semblaient venir de toute part.
Comme un écho se propageant sur des parois invisibles…
Puis ce fut une gigantesque marée qui apparut d’une onde recouvrant
le silence de ce vide, se remplissant de… rires !
Ce mouvement d’une marée étonnante, s’amplifia et s’installa
dans la durée d’une consistance que l’on nomma PRÉSENT !
Se dessina alors dans le ciel de cet espace riant, des milliers, des millions
de sourires, joyeux, insouciant, prenant ce présent pour un véritable… cadeau !
Ainsi le monde n’était que rires et sourires au travers de cet instant perpétuellement renouvelé, d’un présent unique et heureux.
Tout aurait pu rester éternellement dans cette gaîté,
recouvrant le silence d’un noir qui était beau de cette présence… Mais
voilà !
Au fur et à mesure que ces rires éclataient comme des ballons d’air
pur, les sourires déchus de cet éphémère éclat,
se mirent à s’interroger de l’existence de ce rire… et
se demandèrent alors pourquoi ils riaient… ???
Car effectivement, de quoi ou de qui pouvait-on rire ainsi… ???
Les sourires déchus se prirent à douter en pensant qu’ils
riaient d’eux-mêmes !… Puisqu’il n’y avait
qu’eux, dans ce présent d’une dimension unique.
Alors, ceux que cette pensée avait subitement envahis, se mirent à réfléchir,
réfléchir, sur ce phénomène étrange et inquiétant…
Le monde se divisa en deux : ceux qui riaient et ceux qui doutaient. D’un côté des sourires éclatant… et de l’autre des sous-rires un peu forcés, d’un rire sans joie, plein d’interrogation et de suspicion sur ce qui venait de se passer !!!
Le PASSÉ apparut
alors, comme une dimension antérieure et même
inférieure au présent, triste de cette méfiance vis-à-vis
de son image dont il croyait que les rires du présent se moquaient !
Les deux camps, c’est sûr, s’opposaient !
Le passé, de sa distance prit sur l’instant, sur le présent,
imagina un autre comportement vis-à-vis de ces rires…
Ainsi, les sourires déchus de leur éclat, ne voulant plus qu’on
les prenne à la légère, d’une attitude insouciante
qui prêtait à rire, décidèrent que quelle que puisse être
la situation, ils resteraient de marbre !!! Sans laisser apparaître
la moindre émotion pouvant susciter des interrogations… personne
ne pourrait alors se méprendre ni se moquer d’eux… à l’avenir !!!
L’AVENIR,
s’imagina ainsi, dominant son comportement sur un présent
qu’il devait maîtriser, s’enfermant dans un paraître
strict !
Le futur apparut dans sa rigidité, au-delà d’un présent
insouciant qui continuait à rire et du passé qui persistait à douter
de lui-même…
Suivant cet enchaînement, au fur et à mesure que les rires cessaient
d’éclater, les sourires se retrouvaient alors dans un élan
de doute intense, à s’imaginer une attitude de marbre !
Si bien que de plus en plus de sourires se prirent à douter et de moins
en moins à rire franchement !
Jusqu’au jour où…
Le présent s’éteignit de ses rires, laissant place à un
doute permanent, aboutissant au futur envisagé…
Tous les sourires, figés, étaient de marbre !!!
Le temps était né… et mort en quelque mauvais tourment !…

