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Paroles de Sagesses - Titre
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La petite fille aux cheveux bleus

Auteur Un-connu

II était une fois un homme et une femme qui n’avaient pas d’enfant.
Cela les désolait beaucoup car ils désiraient très fort en avoir un, au moins un.

Le monsieur disait souvent : je donnerai n’importe quoi pour avoir un enfant : le ciel, la mer, et toutes les richesses de la terre et tous les animaux du vaste monde. Et cela me serait égal que ce soit un garçon ou une fille, qu’il soit brun, qu’elle soit blonde, qu’il soit rouquin, et cela me serait égal qu’il soit gros, qu’elle soit petite.
Sa femme ne disait rien mais elle pensait les mêmes choses, elle aurait tant voulu avoir un enfant depuis le temps. Ce n’était pas qu’elle se sentit vieille, non, mais enfin tout de même, le temps passait et rien ne se passait.

Un soir que le monsieur répétait en encore :
« et cela me serait égal qu’il ait les yeux noirs ou verts, que son nez soit pointu ou en pied de marmite. »
Sa femme ajouta : « ou qu’elle ait les cheveux bleus.
Le bleu c’est tellement beau. »

Neuf mois après, presque jour pour jour quand naquit la petite fille, la première chose que tous ceux qui assistaient à la naissance virent, ce fut ses cheveux bleus et tous étaient émerveillés,
jamais ils n’avaient vu de pareils cheveux et jamais bien sûr de si beaux cheveux.
Naturellement, ils n’osaient pas dire : « c’est tout à fait les cheveux de sa maman ou les cheveux de son papa » parce que la maman avait des cheveux comme vous et moi et parce que ceux du papa ressemblaient à ceux de la maman.

Mais l’un disait : « on croirait voir le ciel quand perce le soleil du matin. »
Mais un autre disait : « elle ressemble à la mer quand il fait pleine lune. » Chacun en la voyant pensait à tout le bleu qu’il y a dans le vaste monde ; aux pierres précieuses, aux torrents qui courent dans les montagnes, aux petites fleurs qu’il y a dans les prairies, aux gros insectes qui volent en bourdonnant, au lac paresseux et aux reflets du ciel sur la neige en hiver.

Au début, il semblait bien qu’il ne lui arriverait rien, tellement son papa et sa maman la surveillaient pour qu’il ne lui arrive rien.
Elle s’éveillait le matin, le soir on la mettait au lit et toute la journée, elle restait à la maison.
Parfois, s’il faisait beau, elle sortait dans le jardin pour jouer et courir comme le font les petits enfants.
Mais il ne fallait pas qu’elle enjambe la clôture, ni même qu’elle regarde trop au-delà des limites du jardin ; ses parents avaient si peur qu’il ne lui arrive quelque chose.

Pourtant, un jour, elle avait déjà sept ans, en coiffant ses cheveux, qui étaient devenus très longs et qui étaient toujours bleus, elle trouva dans sa brosse un petit cheveu blond. Elle
courut le dire à sa mère qui répondit tranquillement :
« Ce n’est rien ma fille, c’est un reflet de soleil sur la mer. »
Mais la petite fille n’avait jamais vu le soleil sur la mer.

Le lendemain, la petite fille découvrit dans sa brosse un petit cheveu blanc, elle courut le montrer à son père qui lui répondit tranquillement :
« Ce n’est rien ma fille, c’est une étoile dans le ciel. »
Mais la petite fille n’avait jamais regardé les étoiles dans le ciel.

Et bientôt, chaque jour une couleur nouvelle apparut dans sa chevelure.
Sa mère ou son père lui disait que ce n’était rien, que c’était la queue d’un renard sur une prairie au soleil couchant ou une écaille de poisson faisant la pirouette dans la mer ou bien un chaume de blé vert mêlé à des bleuets en fleurs, à la fin, la petite fille eut envie de connaître, elle aussi, toutes les choses dont lui parlaient son père et sa mère et qu’elle n’avait jamais vues et elle dit à ses parents : « j’ai envie de sortir de la maison, je rendrai ses reflets au soleil, au ciel ses étoiles, sa queue au renard, tout le monde sera content. »
Son père et sa mère pleurèrent beaucoup mais elle leur promit de revenir une fois qu’elle aurait rendu à chacun ce qui leur appartenait.

La petite fille donc s’en fut à travers le vaste monde n’emportant dans son sac que sa brosse en poils de sanglier.
Elle demanda le chemin de la mer, on lui indiqua une direction vague : « là… par là. » et elle se mit en route et la route montait, montait si bien qu’elle se retrouva tout près du ciel.
« Ce n’est pas par là » : se dit-elle, mais au moins maintenant je connais le ciel et la montagne.
Elle était si fatiguée qu’elle s’allongea n’importe où et qu’elle s’endormit en plein soleil.

Un vieux berger qui passait avec son troupeau la réveilla brusquement, « je cherche la mer » : lui dit-elle, « j’ai dû me tromper de chemin. »
Le vieux berger lui dit : « pour aller vers la mer il suffit de descendre, tu ne peux pas t’égarer. » et il la regarda qui s’éloignait pensant que cette petite fille avait de beaux cheveux.

Après plusieurs heures de marche, elle s’arrêta au bord d’une rivière. Il faisait nuit depuis longtemps.
« Maintenant, je connais les rivières et la nuit, mais comment ferai-je pour savoir où est la mer ? »
« La mer, c’est facile à trouver, il te suffit de penser très fort à la couleur de ses vagues pour qu’elle vienne jusqu’à tes pieds. »
Elle ne sut jamais qui lui avait parlé cette fois-là, elle pensa que c’était le vent ou le murmure des eaux, mais elle fit comme la voix lui avait conseillé de faire et tout devint facile tout à coup.

Elle connut ainsi l’eau scintillante de la mer et celle immobile des glaciers
Elle marcha à la rencontre de la nuit éclairée par la lune, elle parla au renard et aux poissons, aux oiseaux et aux papillons et les herbes et les branches se courbaient sur son passage comme pour peigner sa longue chevelure.
À chacun, elle rendit ce qui lui appartenait. À la mer elle dit : « Mer, je te rends les reflets sur tes vagues et les éclairs lumineux des poissons qui font le dos rond sur ton ventre mais donne-moi le cri de tes mouettes et le vacarme de tes tempêtes. »

La mer lui dit merci et lui donna tout ce qu’elle voulut.
À la nuit elle dit : « Nuit, je te rends tes étoiles, garde-les longtemps à la même place pour que je vienne leur dire bonjour de temps en temps, mais donne-moi les étoiles filantes et les nuages longs qui coupent parfois le visage de la lune. »
La nuit la remercia et lui donna tout ce qu’elle voulut.

Au renard et aux autres animaux qu’elle rencontra elle dit :
« - Renard, je te rends l’éclat fauve de ta fourrure mais donne-moi en échange 1’éclair trouble de ton regard.
- Oiseau, reprends les couleurs éclatantes de ton plumage, elles sont à toi et donne-moi la fine pointe de ton bec et la justesse de ton chant.
- Insecte, voilà ta carapace coriace, est-ce que je peux te prendre un peu du pollen de tes pattes ? »
Le renard, 1'oiseau et tous les autres reprirent chacun ce qui leur appartenait et lui donnèrent en échange tout ce qui lui plaisait.

Chaque fois, la petite fille ouvrait son sac pour y mettre avec précaution les cadeaux qu’elle venait de recevoir, elle en reçut beaucoup.
Bientôt son sac fut plein et elle, elle se sentait libre et légère, alors elle décida de rentrer chez elle, maintenant elle savait retrouver son chemin entre la mer et le ciel, la terre et les étoiles, au milieu des animaux et des insectes qui lui semblaient auparavant des géants lointains et menaçants. Elle marcha longtemps sans avoir l’impression de se fatiguer, elle prenait seulement son élan dans les descentes pour escalader les montées, quand la mer voulait bien la porter, elle se laissait pousser par les vagues. Si le soleil se couchait, elle se couchait elle aussi et quand la nuit la rendait à la lumière, elle se remettait en route.

Elle était sûre d’arriver un jour et de retrouver ses parents comme elle les avait laissés.
Une fois à proximité de sa maison, elle ouvrit le petit sac qui ne l’avait jamais quittée et en tira tous ses trésors pour s’en parer. Elle frappa à la porte. Ses parents ne la reconnurent pas d’abord.
Les traits de son visage et les formes de son corps étaient, devenus si fins et si harmonieux qu’à la voir on aurait cru entendre le cri de la mouette et le chant du rossignol.
Son regard aussi avait changé.

Plus lumineux et plus voilé à la fois, car c’était le regard de quelqu’un qui avait regardé le monde en face et tutoyé la mer, le ciel, la lumière et la nuit.
Mais de quelle couleur étaient maintenant ses cheveux ?
Blonds sans doute ou châtains clairs avec des reflets roux peut-être aussi.
En tout cas c’était les cheveux d’une jolie petite fille de douze ans qui avait eu les cheveux bleus.

Quand ses parents l’eurent enfin reconnue, car ses parents la reconnurent bien sûr, c’était toujours leur fille.
Ils se jetèrent dans les bras les uns des autres et cela dura si longtemps que je ne sais pas s’ils ont fini de s’embrasser à l’heure qu’il est.

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