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Paroles de Sagesses - Titre
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Le Père Noël n'est pas le Bon Dieu

Christine Orban

Comme tous les 24 décembre au soir, la jeune fille qu’elle était devenue attendait le Père Noël près de la cheminée, comme jadis, lorsqu’elle était petite. Quand enfin, au douzième coup de minuit, il apparut, le bonnet un peu sali par le conduit de la cheminée, elle fut déçue.
Pas de le voir, bien sûr, mais de ne plus ressentir la même excitation lors de son apparition.
Le Père Noël, qui ne l’avait jamais oubliée, lui tendit un paquet recouvert de papier rouge et d’un gros nœud doré.

Mais cette fois-ci, la jeune fille le posa à ses pieds et dit au Père Noël :
« Père Noël, cette année, je voudrais un baiser »
Le Père Noël ; qui est un homme perspicace, se douta que ce n’était pas par sa barbe blanche, bien qu’elle fût fort douce, que la jeune fille voulait être embrassée.
« De qui voulez-vous un baiser, mon enfant ? » lui demanda le vieil homme.
« Je voudrais un baiser d’un homme qui ne veut pas m’en donner. »

Le Père Noël sourit, considéra la jeune fille, qui était très jolie, se demanda un instant comment cela était possible de refuser de baiser cette jolie bouche groseille, et se souvint, pour avoir vécu lui aussi il y a fort longtemps, combien l’âme humaine est compliquée et comme il peut être difficile de se reconnaître et de s’aimer, même quand on s’est rencontré.

Le Père Noël s’agenouilla près d’elle et lui dit :
« Mon enfant, je t’ai donné, quand tu me les as commandés, des poupées Barbie, une bicyclette, des patins à roulettes, un skateboard, un ordinateur. Tu sais bien que je peux offrir à tous les enfants des choses matérielles, mais jamais immatérielles ; je ne pourrais jamais te donner la beauté si tu ne l’avais pas, ni l’amour si tu ne l’inspirais pas. J’en suis désolé, crois-le bien, mais mon pouvoir s’arrête là. »
«- Alors, Père Noël, tu ne peux rien donner de très important.
- Comment ça ? Le Père Noël donne ce que tout le monde peut prendre entre ses mains, c’est déjà pas mal, j’ai même donné des animaux, des chiens, des chats, un chameau, un kangourou, malgré les difficultés de transport, à des enfants qui me les avaient demandés.
mais je ne peux pas donner l’amitié, pas l’amour, pas les étoiles, pas la candeur, pas la paix, pas la beauté. »

À ces mots, la jeune fille se mit à pleurer.
«- Ce que tu me demandes ne dépend que de toi !
- De moi ? J’ai passé des nuits à l’attendre, habillée de ma plus belle robe, sur mon balcon, je lui ai écrit des lettres et je ne l’ai pas vu s’approcher, et je l’ai pourtant tant espéré.
- À quoi ressemble ce jeune homme ?
- Il a une cape noire, une allure princière, il porte une épée à son ceinturon…
- Et il monte un cheval blanc ?
- Oui, exactement, Père Noël, comment le savez-vous ?
- Parce que tu l’as inventé, petite fille, ce prince charmant qui ne veut pas t’embrasser. Tu t’es laissée troubler par un mirage : cela arrive souvent aux jeunes filles, et aux adultes aussi. Dans mon pays, j’ai rencontré beaucoup d’amoureux imaginaires. Ils sont inconsolables.
- Pourquoi ?
- Parce que ton amoureux est un songe, et ce songe prend la forme de tes désirs et est devenu un idéal.
- Père Noël, je voudrais aimer un homme qui existe et qui ressemble à celui que j’ai inventé.
- Mon enfant, tu me demandes la chose la plus difficile au monde. Cela ne dépend que de toi. Tu devras prendre garde toute ta vie à ce mirage-là : le rêve est une seconde vie. »

Après avoir prononcé ces mots, le Père Noël disparut par la cheminée d’où, quelques instants auparavant, il était apparu, et laissa la jeune fille seule avec ces mots à méditer en guise de cadeau.

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