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Paroles de Sagesses - Titre
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Le soleil me fît un signe

Monique Mello - Jacques Salomé

Un jour, le soleil en se levant me fit signe de ses rayons.

Je ne compris pas tout de suite.
Mettez-vous à ma place : je ne savais pas ce qu’il voulait !
Il m’invitait à le suivre, mais,
sur le pas de la Porte-des-Habitudes, je n’osais pas bouger.
Pourtant, après quelques instants d’hésitation,
je fis deux pas en avant et… clac !
La Portes-des-Habitudes se referma ! Prise de panique, je revins sur mes pas,
mais il n’y avait rien à faire,
toutes mes tentatives furent vaines.
La porte refusait obstinément de s’ouvrir.
Je m’assis, la tête dans les mains, et me mis à pleurer.
Le soleil m’envoya un petit rayon câlin,
brillant juste ce qu’il fallait pour ne pas m’effrayer,
il ne me restait plus qu’à le suivre.

Je me mis lentement en route.
Je demandai au soleil de me promettre de ne pas m’abandonner,
de rester toujours près de moi, mais il ne répondit pas.
Je ne savais que penser. Je n’étais pas rassurée.
Je regardais souvent en arrière,
mais la Maison-du-Passé devenait de plus en plus petite, de plus en plus floue.

Je n’avais pas eu le temps de faire mes bagages avant de partir,
mais j’avais des réserves sur moi :
quelques bonnes vieilles et énormes peurs,
divers complexes, et aussi beaucoup de manques
dont les deux principaux avaient pour nom :
Manque-de-Tendresse et Manque-de-Confiance-en-Moi.
Je pouvais compter sur eux tous,
ils répondaient toujours présents.

Au début, cela me rassura un peu,
je restais en pays de connaissances.
Chemin faisant cependant, une peur me lâcha, une petite,
je ne m’en aperçus pas tout de suite.
Puis une deuxième à son tour s’en alla,
une troisième suivit de près.

Cela devenait inquiétant.
Si elles me laissaient toutes tomber,
comment me reconnaîtrais-je ?
Je ne pouvais plus les rattraper,
mais je me promis de veiller sur les autres.
Si elles pensaient que j’allais me laisser faire,
elles se trompaient lourdement.

Mes complexes, eux, étaient fidèles,
ils ne me quitteraient pas de sitôt !
Et les manques ne risquaient pas d’être comblés trop vite, j’étais vigilante.
Cependant, mon inquiétude se transforma en angoisse
le jour où je constatai que le Manque-de-Confiance-en-Moi avait les traits tirés.
Je tentai aussitôt de le fortifier en lui montrant,
en toute lucidité tous mes défauts.

Rien n’y fit, au contraire.
À peine un défaut s’annonçait-il qu’une qualité que j’ignorais,
à qui je n’avais jamais adressé la parole,
qu’une qualité nouvelle venait à sa rencontre.
Le défaut pâlissait, s’éloignait, se recroquevillait
et bientôt n’occupait plus qu’une toute petite place.

Malgré tous mes efforts,
plus le Manque-de-Confiance-en-Moi s’étiolait,
dépérissait, plus les peurs filaient.
Le Manque-de-Tendressese manifesta, d’abord timidement,
puis de plus en plus fort, jusqu’à se faire remarquer.

Au début, il n’y avait que moi qui l’entendais,
mais il réussit à soudoyer ma bouche pour pouvoir s’exprimer
et demander ainsi à être comblé.
Je fis des demandes incroyables dont certaines furent entendues.
Devant cette débâcle, je ne savais plus ni qui j’étais,
ni qui j’aimais, ni où j’allais !

Par moments je ne voyais même plus le soleil,
il me fallait alors le chercher et j’avais l’impression qu’il ne reparaîtrait jamais.
Peu à peu, je remarquai cependant que je pouvais continuer à avancer même s’il n’était pas là.
Il avait laissé en moi quelques-uns de ses rayons.
Mais j’avais encore besoin de recharger mes batteries,
il me fallait souvent encore m’assurer qu’il n’était pas trop loin.

Je n’avais pas compris que je pouvais moi aussi être soleil, et rayonner !
Il m’a fallu du temps.
J’avais eu besoin que le soleil me montre la Voie,
qu’il ait beaucoup de patience, beaucoup de douceur,
pour que je puisse enfin vivre par moi-même.
Pour que j’ose partir plus loin,
pour que j’accepte aussi de le laisser éclairer d’autres personnes.

Aujourd’hui, je peux m’éloigner de lui par Amour.
Cela ne veut pas dire que je n’ai plus envie de sa présence…

Le soleil m’a aidé à comprendre
qu’il était impossible d’aimer
sans autonomie personnelle.

Aujourd’hui, je sais qu’aimer :
c’est être heureux que l’autre puisse être heureux sans moi !

Extrait de Contes à guérir, contes à grandir




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