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Paroles de Sagesses - Titre
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Rencontre avec Roger McGowen

Bernard Montaud

À un certain moment, Roger évoqua son besoin fréquent de prier, comme s’il s’agissait, pour lui, d’un moyen subtil pour sortir de la triste réalité extérieure, et ainsi rejoindre une autre réalité bien plus profonde et bien plus paisible.
Il me disait qu’il y a tant de haine au-dehors dans le couloir de la mort, tant de haine en permanence, que si en plus la haine devait s’installer au-dedans de lui-même, alors il y aurait de la haine partout. Et sans aucun doute il risquerait de sombrer corps et âme.

Sa vie ne tient qu’à un fil, c’est ainsi dans les conditions si extrêmes de son existence !
Voilà pourquoi il prie si souvent, pour éviter que cette maudite haine ne l’envahisse trop souvent.
Alors même si au-dehors c’est toujours l’enfer, qu’au moins au-dedans ce soit un peu la paix !

Sachant combien Roger est un homme de foi autodidacte, sans une réelle culture religieuse, sans aucun attachement à aucun mouvement spirituel, j’ai alors voulu savoir ce qu’il entendait par là. « Mais comment pries-tu, Roger ? Tu utilises les prières chrétiennes ou bien d’autres prières ? » Il eut un sourire amusé, avec ses immenses yeux d’enfant, et en ouvrant ses mains si fines comme pour me dire : « Tu n’y es pas du tout, mon ami ! »

C’est alors qu’arriva une gardienne assez irritée qui commença à invectiver Roger à propos de tel ou tel règlement qu’il fallait suivre à la lettre. Sous mes yeux commença une scène ahurissante, tant il l’écoutait patiemment en hochant la tête en signe d’acceptation tout en la regardant avec un amour infini. Sans même y prendre garde, la gardienne énervée devint bientôt une simple femme qui expliquait les règles à suivre, et puis ensuite ses yeux se remplirent d’humanité peu à peu. J’aurais juré qu’en partant, elle adressait à notre ami un regard plein de tendresse. Chose impossible dans le couloir de la mort. De la « tendresse »… C’est sans doute la chose la plus interdite qui soit dans un tel lieu ! Pourtant, j’aurais juré que cette femme en partant était bouleversée par tout ce qui venait de se passer. Avais-je rêvé ?

Intrigué, j’interrogeai alors Roger sur les évènements qui venaient d’avoir lieu sous mes yeux.
« Mais qu’est-ce qui s’est passé, Roger ? Comment as-tu fait pour, sans rien lui dire, calmer cette femme si énervée ? Ce n’était vraiment pas la même femme, celle qui est arrivée et celle qui est repartie ! »
Avec la candeur d’un enfant prêt à vous confier une évidence, il me répondit : « J’ai seulement prié… seulement prié ! » Et devant mon air surpris, il commença alors à s’expliquer.

Quand dehors surgissent soudain la violence et la haine, il cherche à voir combien celui qui lui parle ainsi souffre au-dedans de lui-même pour s’exprimer de la sorte. Et cette gardienne, il la connaît bien. Il sait où elle souffre dans sa vie personnelle. Alors, ayant perçu sa douleur, il peut demander à Dieu de l’aider.
Quelle belle leçon d’humanité !
Il faut d’abord percevoir la douleur d’autrui pour pouvoir ensuite demander à Dieu d’intervenir. Pendant tout le temps où elle lui avait parlé, il avait donc demandé à Dieu de venir en aide à cette pauvre femme. Répétant sans doute au-dedans de lui-même sa prière, à chaque phrase qu’elle lui disait. Si c’est cela prier, selon Roger McGowen, alors je veux bien m’y mettre !

Évidemment je comprenais combien du dedans il avait fini par dompter cette femme irritée, sans même qu’elle le sache ! Évidemment je percevais combien cette attitude intérieure était vitale pour notre ami Roger, tant à chaque agression il risquait de basculer dans la haine s’il n’y prenait pas garde ! Évidemment je mesurais la simplicité apparente de cette façon de prier, en même temps que l’incroyable exploit d’amour que cela constitue de prier pour ceux qui nous maltraitent… au moment où ils le font !
Le sait-il lui-même ? Roger n’est pas seulement un vrai croyant, il est en plus un grand pratiquant de l’expérience de retournement intérieur que proposent toutes les grandes voies spirituelles. A-t-il vraiment conscience de l’aspect central de cette métamorphose profonde, qui nous fait passer du pire au meilleur de nous-mêmes, en pratiquant seulement dans l’ordinaire de notre quotidien. Quelle leçon, mon ami, tu viens de me faire vivre ! Quelle leçon de foi si simple, mais si brûlante, à propos de l’art de la prière !

Ensuite, sans doute voulut-il conclure le sujet en nous racontant combien, chaque matin, il se lève avec dans la tête une petite chanson que sa grand-mère fredonnait souvent durant son enfance. Et il nous confia combien cette petite chanson était importante à chacun de ses réveils, tant elle était un véritable hymne pour cette grand-mère. Il commença alors à chanter doucement dans le parloir sa petite chanson enfantine. Et une chanson dans le couloir de la mort, c’est tout aussi surprenant qu’un éclat de rire lors d’un enterrement…

"Seigneur, ne déplace pas ma montagne,
Mais donne-moi la force de la gravir.
Et, Seigneur, n’ôte pas mes obstacles,
Mais donne-moi la force de les contourner."

Chant de Mahalia Jackson

Extrait du site pour le comité de soutien à Roger McGowen : www.rogermcgowen.fr

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