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Paroles de Sagesses - Titre
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Un homme de foi en enfer

Bernard Montaud

Roger n’enseigne jamais rien à personne ! Puisqu’il lui suffit d’être en toute simplicité, pour malgré lui enseigner à son interlocuteur que l’amour est possible même dans les pires circonstances de la vie.

C’est bien de cela qu’il faut parler. Car rencontrer Roger, c’est rencontrer un petit supplément d’âme qui agit sans même qu’on le sache vraiment. Ce n’est pas seulement rencontrer un homme, mais soudain être saisi par l’envie d’aimer comme lui. Ce n’est pas rencontrer un condamné à mort, mais soudain toucher du doigt un corps de non-violence absolue qui pourtant aurait toutes les bonnes raisons de se révolter.
Rencontrer Roger, c’est avant tout rencontrer de quoi l’amour est capable quand il est poussé à son comble ! Disons-le tout cru : rencontrer Roger, c’est croiser un homme qui est capable d’aimer même en enfer !

Évidemment, on se sent tout petit à côté ! Quand on voit nos mesquineries quotidiennes et nos efforts héroïques pour être meilleurs avec les gens ordinaires pendant que lui joue chez les damnés. Il ne le sait peut-être même pas lui-même, mais il est sans doute un spécimen rare de spiritualité laïque, libre de toute école de pensées. Tant une seule chose compte pour lui, en permanence : sauver sa peau et sa raison à chaque instant, en aimant tout ce qui lui arrive. Sinon c’est la punition immédiate : la violence et la haine qui conduisent à la folie. Il faut le dire plus simplement : côtoyer Roger, c’est faire une impressionnante rencontre avec ce qui se fait de mieux sur terre en matière d’humanité.

« Sois toujours plus fort que la haine ! » Voilà à mon sens le premier message que cet homme transpire par tous les pores de sa peau. « Écoute ton cœur, ou ton ange, ou ta Conscience », chacun choisira le mot qui convient à sa foi. « Mais écoute-le bien, » comme dirait sa grand-mère qui l’invitait à s’asseoir sur un tabouret pour entendre la petite voix du cœur qui sait toujours « pourquoi ça ne va pas ! » « Essaye d’être au meilleur de toi-même le plus souvent possible, au lieu de te contenter du pire en chaque circonstance. Car tout ce qui nous arrive, même ce qui nous paraît injuste, c’est seulement pour nous apprendre à être meilleurs ! » Pas facile à dire quand on est un condamné à mort avec vingt-trois ans d’incarcération, alors même que l’on est innocent !

« Partage tout avec ceux qui ont moins que toi ! » C’est le second message que cette vie clame jusqu’en enfer. Et Roger distribue sans cesse dans le couloir de la mort tout ce qu’il reçoit. Et Roger enseigne sans le savoir que l’on peut toujours partager une écoute sincère avec autrui. Même si pour lui il s’agit souvent d’un condamné de la pire espèce, celui-ci n’en reste pas moins un homme qu’il faut savoir entendre. Quelle leçon ! Quand on pense à tous ceux que nous n’écoutons jamais seulement parce qu’ils nous agacent un peu. Quelle leçon ! Quand on sait que Roger ne possède presque rien et qu’il partage quand même, alors que nous possédons tout sans vraiment partager.

« Ne sois jamais une victime de rien ni de personne ! » C’est le troisième message que cette vie de condamné à mort, pourtant innocent, nous murmure aux oreilles. Arrête de jouer à la victime… de l’autre, de la société, ou des évènements ! Arrête de te plaindre sans cesse comme si c’était le seul moyen pour te faire remarquer ! Ne sois plus jamais victime des choses qui t’arrivent. Et alors peut-être verras-tu pourquoi elles t’arrivent. Voilà bien le message que j’entends assis en face de lui. « Peut-être que mon destin est de mourir exécuté et pourtant innocent, pour prouver combien il est possible de vivre heureux, même dans les pires conditions d’injustice ! » : voilà une confidence qu’il me fit dans une de ses récentes lettres.

« Sois capable de bénir, même ton pire ennemi ! » C’est le quatrième aspect de son héroïsme quotidien qui saute aux yeux quand on le croise. Car aimer son geôlier, de surcroît tyrannique, cela ne doit pas être une chose facile. « Il faut toujours chercher la souffrance de celui qui nous maltraite, m’écrivait-il dans sa dernière lettre. Alors quand on aperçoit cette souffrance, soudain ce qu’il nous dit ou ce qu’il nous fait vivre devient un évènement anodin qui assouvit ce pauvre être. » Il faut l’entendre, une chose pareille ! Et bien mesurer qu’il joue avec les pires salauds, codétenus ou gardiens, pendant que nous faisons « mumuse » avec le commun des mortels.

Oh non, Roger n’enseigne jamais rien à personne ! Car il se contente d’être la grande solution : tout aimer quoi qu’il arrive ! Et je vous avoue que durant notre visite, plusieurs fois je me suis vu comme un nain de l’amour en comparaison de cette tendresse immense que ses yeux et ses mains racontent à chaque instant.

Extrait du site pour le comité de soutien à Roger McGowen : www.rogermcgowen.fr

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